60 hivers, déjà.

Je vous avoue ne plus me souvenir vraiment de mon 1er hiver, celui de ma naissance intervenue un 21 janvier 1964 à la maternité de Petit-Quevilly. Ni de ceux qui ont suivi immédiatement. J’ai eu la chance d’être éduqué par mes grands-parents, mon oncle, ma tante et mes parents à qui je dois presque tout. J’ai fait ma scolarité dans le privé, à l’exception de ma terminale redoublée au lycée André Maurois, à Elbeuf. J’ai un souvenir tout particulier de ma classe de CM1 et de mon instituteur Jean-Jacques Ermel à qui je dois beaucoup. En ce jour si particulier, j’ai une pensée pour lui. J’ai aimé m’instruire et apprendre. J’ai toujours été un passionné. Je suis sorti de la faculté de Sciences Économiques de Mont-Saint-Aignan avec une maîtrise, majeur de promo et une mention bien. Je n’oublierai jamais l’oral passé avec Jacques Cedras. Dès l’âge de 17 ans, j’ai travaillé avec Daniel Hurard et Brigitte Pestel au centre de loisirs de Pont-de-l’Arche. Je leur dois beaucoup. Daniel était un militant communiste, un homme extraordinaire.

Je fus tour à tour trotskiste, fédéraliste, rocardien. J’ai toujours eu une détestation pour De Gaulle et Mitterrand. J’ai voté PSU, puis écolo, NON à Maastricht. En 2002, Jospin n’étant plus socialiste, j’ai choisi le bulletin NPA. Au TCE, j’ai dit NON comme une majorité de Français. Face à cette Europe impérialiste, j’étais devenu souverainiste. En 2007, membre du PS, j’ai soutenu Royal, sans trop y croire. En 2009, j’ai fait la campagne Europe Écologie et surtout j’ai fait la rencontre de mon ami Bernard Frau. En 2012, j’ai choisi Mélenchon. J’ai refait ce même choix en 2022, après avoir voté Macron en 2017. Je me définirais volontiers comme un anarcho-écolo-catho de gauche athée, ayant une détestation viscérale pour tous les vieux cons aux idées mitées par les certitudes, le bon sens et la beaufitude. « Quand tout le monde pense pareil, alors plus personne ne pense. »

Après deux années pour objection de conscience passées à la mairie de Saint-Pierre-des-Fleurs aux côtés de Jean Marie, un homme exceptionnel, je me suis inscrit à une formation d’administrateur de bases de données en 1988 dirigée par mon maître, Jean-Michel Vallet. Cela fait 35 ans que je travaille dans l’informatique, tantôt en formateur, tantôt en consultant. Pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein, je devrais continuer mon activité durant 9 années supplémentaires. Je suis en bonne santé. Je n’ai subi aucune opération. Sans doute grâce à un patrimoine génétique protecteur, venu des mélanges de mes ancêtres polonais, allemands, français et belges. Merci à eux.

Je voudrais bien évidemment remercier mes compagnes, Véronique, Isabelle et Virginie pour tous les très bons moments que nous avons vécus ensemble, pour m’avoir fait grandir. En cet instant, je pense tout particulièrement à mon ex-beau-père, Gaby. De ces trois unions, j’ai eu trois enfants : Valentin que je ne verrais sans doute plus jamais ; Mathis ensuite et Emma enfin. Je n’ai jamais voulu peser sur leurs choix. J’ai une profonde détestation pour ces adultes qui font de leur progéniture de la pâte à modeler. 

Ce que j’ai appris au cours de ces 40 dernières années, c’est à me vider de la toxicité de mes congénères. Clap de fin pour les nombrilistes qui voient le monde à leur image, qui ont tout vu et tout chié, pour les mères Thérésa manipulatrices dégoulinant d’affectif.  J’ai fait le ménage autour de moi. Mes fonctions de maire m’ont permis de voir les dégâts du copinage et du clanisme, cette autre anti-chambre du népotisme. Une véritable morgue pour le service public… Ayant encore beaucoup à faire, je solliciterai les Saint-Eligiens et Saint-Eligiennes pour un 3e mandat. J’apprécie tout particulièrement les gens qui pensent, agissent et vivent différemment, l’engagement, la création, le pas de côté, la divergence, l’auto-dérision.

Je n’ai peur ni de vieillir, ni de mourir. Le pire, avec toutes ces années qui passent, est de voir disparaître, un à un, tous nos êtres chers. Je pense tout particulièrement à Maman et Tonton. Ce matin, j’ai commencé la journée en lisant à ma femme quelques aphorismes des Contes griffus de Jacques Sternberg.

Le retard, extrait des Contes griffus

En ce temps-là, Dieu, saisi d’un remords tardif, prit la décision de sauver l’Homme.

Malheureusement, depuis quelques siècles déjà, les hommes n’avaient plus aucune planète sous les pieds.

 

2 replies on “ 60 hivers, déjà. ”
    1. Bises à toi, Gérard. Tu fais partie de ces gens qui ont toujours su faire ce nécessaire pas de côté. Tant pis pour les autres.

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