Comprendre le monde vu à partir de nos poubelles

Comprendre le monde vu de nos poubelles

C’est par le plus grand des hasards – et donc d’une certaine forme de nécessité – que je suis tombé sur Michel-Edouard Leclerc, interviewé dans une de ces nombreuses chaînes d’information continue populant le PAF français. Il expliquait avoir compris son métier après s’être occupé à fouillasser dans les poubelles des centres commerciaux de l’enseigne qu’il représente aujourd’hui.

Notre monde vit de ses externalités négatives. Il risque d’ailleurs d’en crever, si nous n’inversons pas la vapeur. Et nos déchets entrent aujourd’hui de plein fouet dans cette logique mortifère. Les déchetteries rouvrent leurs vieux casiers – après y avoir extrait les gaz servant à produire de l’électricité –  afin d’y récupérer les métaux qui valent aujourd’hui une fortune : 3500 euros pour une tonne de cuivre ! Toute une économie est en train de se constituer sur la récupération et le traitement de nos déchets, à coup de subventions et d’argent public pour financer notamment les emplois liés à l’insertion. Ouf, c’est pour une bonne cause. Une fois de plus, nous privatisons nos gains et nous collectivisons nos pertes, au plus grand bonheur des industriels qui continuent de nous inonder de déchets inutiles. Le meilleur déchet est celui que nous ne produisons pas !

Il y a un modèle économique à la création des ressourceries qui éclosent partout sur notre territoire national.  Cela nous évite d’envoyer tout un tas de déchets par camion, puis par bateau en Inde, en Afrique et en Chine, de consommer du gasoil très inutilement pour les acheminer. Cela nous évite aussi – et surtout – le recours à des centres de traitement de déchets ultimes fort polluants, fort coûteux. Autrement dit, ce sont les shadow prices générés par l’économie sur les coûts de traitement qui font aujourd’hui le modèle économique du recyclage de nos déchets. Par effet d’aubaine, il incite les industriels à produire toujours plus de déchets.

Il y a quelque chose d’anachronique à voir des ordinateurs de bureau partir massivement en déchetterie, à l’heure du télétravail, compte tenu du confort que propose ce type de matériel par rapport à un ordinateur portable souvent bien moins rapide et « confortable ». Le handicap de ces matériels est que leur valeur d’usage est aujourd’hui plus faible, parce qu’il n’embarque nativement ni wifi, ni webcam. Une WebCam, c’est 15 euros ; une clé Wifi moins de 10 euros. Sans valeur d’usage, tous ces biens vendus par les ressourceries retourneront très vite dans les déchetteries. Et c’est ce qu’il faut éviter à tout prix, en tâchant de repousser au plus loin cette échéance certaine ! L’économie circulaire pourrait finir par tourner en rond.

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