Ma contribution à l'enquête publique Penly EPR2

Ma contribution à l’enquête publique Penly EPR2

Je viens de publier cette contribution personnelle à l’enquête publique (5823 pages) sur l’opportunité de construire deux nouveaux réacteurs de type EPR2 sur le site actuel de Penly. Nous avions jusqu’à ce 6 mars 2024, 17 h 30.

Questionnements sur la relance du programme électro-nucléaire
et, dans ce cadre, sur la construction de deux réacteurs de type EPR2 à Penly

Dans la présentation non technique, en page 6, vous opposez l’intermittence des énergies renouvelables par rapport à une énergie nucléaire « manœuvrable » et donc pilotable. Or, nos centrales sont confrontées à de nombreux soucis d’intermittence du fait de l’importance de la corrosion sous contraintes obligeant à une maintenance de plus en plus importante des réacteurs, du changement de combustible tous les 18 mois. Les soucis de fabrication des EPR à Flamanville, à Olkiluoto ou à Hinkley font planer un doute sur la fiabilité des cuves et des aciers utilisés au niveau d’ouvrages. C’est d’ailleurs ce qui a amené l’ancien directeur d’EDF, Henri Proglio (1), à déclarer le 13 décembre 2023, en commission face aux députés, je cite, de « revoir la conception de l’EPR ». La conception de l’EPR2 de Penly a-t-elle été revue par rapport à Flamanville ?

Pour revenir à l’intermittence, EDF utilise déjà des STEP (2), notamment au niveau de la centrale hydroélectrique de Montézic, afin de stocker l’énergie et ainsi d’ajuster la production à la demande. Notons aussi l’utilisation de batteries gravitaires en béton développée par la start-up américaine Energy Vault (3). L’Écosse a donné son feu vert à la construction de 1.5 GW de stockage de batteries, couplées à l’énergie éolienne (4). On pourrait encore évoquer le stockage de l’énergie sous forme d’air comprimé (5), associé notamment à l’éolien. L’absence de possibilité de pilotage des renouvelables induit dans l’opposition faite avec un nucléaire est donc totalement fallacieuse.

Toujours en page 6 de la présentation technique, vous mettez en avant l’utilisation jusqu’à 30% du MOX dans l’EPR de Flamanville. Or, si ce MOX est bel et bien produit en France, il provient en amont du combustible usagé issu de nos centrales, retraité dans l’usine de Seversk en Russie (6), la seule au monde capable de produire ce type de combustible. Disons-le tout net, côté souveraineté, alors que la France importe la totalité de son uranium par ailleurs, le compte n’y est pas. Même si l’IAEA a estimé à 8070400 tonnes les réserves en uranium en 2018, au rythme effréné de construction de nouveaux réacteurs tout en maintenant la production issue du parc existant, le partage entre les utilisations civiles et militaires laisse des perspectives d’utilisation très limitées quant à des réacteurs qui s’arrêteront de fonctionner dans moins de 80 ans (9), alors que nous sommes incapables de démanteler complètement à l’image de la centrale de Brennilis arrêtée en 1985. Comme les chantiers des EPR ont sensiblement demandé une vingtaine d’années (13 ans en page 14 dans la présentation technique), nous ne sommes pas garantis de disposer de combustible pour aller jusqu’au terme de l’exploitation de deux nouveaux réacteurs de type EPR2 à Penly.

Un peu plus loin, en pages 10 et 13 de la présentation technique, vous évoquez le recours à toujours plus d’eau douce : la récupération de l’eau de pluie et des eaux du drain de pied de falaise, de la station d’épuration de St-Martin-la-Campagne et de la rivière l’Yères (7). Quel serait l’impact d’un assèchement de cette rivière côtière sur le fonctionnement de la centrale ? Les besoins en eau déminéralisée indispensable au bon fonctionnement des réacteurs sont-ils compatibles avec une forte sécheresse et une pénurie en eau ? Quelle est aujourd’hui la pression de la centrale sur la nappe phréatique ?

En pages 13 et 21, la présentation technique aborde la question des effluents radioactifs dilués dans l’air et dans l’eau, de radionucléides générant des rayonnements bêta et gamma notamment au travers de trois cheminées et de deux galeries supplémentaires visant à l’évacuation de gaz et d’eau radioactifs. Or, le du chapitre 8 intitulée « Population et Santé Humaine » dans les pièces en lien avec l’étude d’impact du projet ne remonte aucune étude sanitaire ou épidémiologique concernant l’impact de la radioactivité existante dans les zones d’habitation proches de la centrale. Pour rappel, l’étude du Professeur VIEL, publiées dans le British Medical Journal de janvier 1997 (8), avait montré un excès de leucémies autour de la centrale de la Hague stockant les déchets à ciel ouvert, déchets provenant en partie par « procuration » des deux réacteurs de la centrale de Penly.

Quant au choix du site, rien dans le dossier de l’enquête publique – en dehors de +12 NGF -n’évoque l’impact du risque sismique, d’un effondrement éventuel sur l’exploitation du site, pourtant observé par le passé à l’occasion d’un tsunami qui s’était produit en Manche le 6 avril 1580 (10). Quelles en seraient les conséquences sur le fonctionnement des deux nouveaux réacteurs ?

La part de la production d’électricité d’origine nucléaire est passée de 17.5% à 9.8% entre 1996 et 2021 (11), dans le mix énergétique mondial (13). Dangereux pour les populations et les travailleurs du nucléaire exposés quotidiennement à la radioactivité induite par les rejets des centrales et des zones de stockage, la majorité des pays européens ont décidé de tourner le dos au nucléaire et augmenter leur part d’énergies renouvelables afin de se décarboner. Dans le rapport de l’IEA, vous pourrez lire en page 201 que le mégawatt produit à partir du nucléaire est en Europe plus cher que le solaire et l’éolien (12). Le choix de la relance du programme électronucléaire et de la construction de deux nouveaux réacteurs de type EPR2 à Penly tient clairement de l’irrationalité !

Denis Szalkowski, le 6 février 2024 15 h 55

  1. https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/manche/flamanville/l-epr-un-engin-trop-complexe-quasi-inconstructible-le-requisitoire-de-l-ancien-patron-d-edf-2678816.html
  2. https://www.edf.fr/hydraulique-lot-truyere/chantier-de-montezic-ca-demonte/une-step-comment-ca-marche
  3. https://www.revolution-energetique.com/la-premiere-batterie-en-beton-du-monde-bientot-achevee/
  4. https://www.pv-magazine.fr/2024/02/08/lecosse-donne-son-feu-vert-a-la-construction-de-15-gw-de-systemes-de-stockage-en-batterie/
  5. https://www.neozone.org/innovation/linvention-dune-eolienne-equipee-dun-reservoir-a-air-comprime-pour-le-stockage-denergie/
  6. https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/11/29/la-russie-possede-la-seule-usine-au-monde-capable-de-recycler-l-uranium-decharge-des-reacteurs-nucleaires-francais_6152097_3234.html
  7. https://fr.wikipedia.org/wiki/Y%C3%A8res
  8. https://www.acro.eu.org/polemiques-sur-les-leucemies-a-la-hague/
  9. https://www.iaea.org/fr/newscenter/pressreleases/les-ressources-en-uranium-mondiales-sont-suffisantes-pour-lavenir-proche-dapres-le-nouveau-rapport-de-laen-et-de-laiea-en-anglais
  10. https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_de_1580_dans_le_pas_de_Calais
  11. https://reporterre.net/Malgre-les-discours-le-nucleaire-mondial-a-encore-decline-en-2022-dans-le-monde
  12. https://iea.blob.core.windows.net/assets/deebef5d-0c34-4539-9d0c-10b13d840027/NetZeroby2050-ARoadmapfortheGlobalEnergySector_CORR.pdf
  13. Ajouté le 7 mars 2024
 
 

 

 

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