En haute altitude

La scène de la mort d’Isabelle jouée par Claire Borotra dans le film Altitudes m’a replongé brutalement dans les minutes précédant le décès de mon ami Alain Marc. C’était à l’hôpital d’Elbeuf, un mercredi, dans une des chambres prises en charge par l’équipe des soins palliatifs.

Après la déclaration d’un 1er cancer à l’estomac en septembre, le crabe s’en était pris à la plèvre de mon ami Alain au printemps suivant. Il avait subi, un an plus tôt, un « dégazage » de produits réfrigérés, enfermé dans le local technique où il nettoyait un énorme climatiseur. Ce mercredi, je me souviens encore des râles qui étaient les siens, à l’image de ceux d’Isabelle dans le film. L’équipe médicale avait arrêté de l’alimenter dès le dimanche. J’avais regardé la feuille qui se trouvait au pied de son lit. La quantité de morphine qui lui était administré avait littéralement explosé. Je comprenais alors que l’équipe médicale avait décidé de l’accompagner activement vers la mort, en le soulageant des souffrances qui le ravageaient. 

Ce soir-là, une infirmière m’avait accompagné à la porte de sa chambre, me demandant qui j’étais très exactement pour lui. J’avais pu entrer seul dans la chambre où agonisait mon ami inconscient. Nous avions longuement discuté de la fin de vie, des soins palliatifs avec la soignante. J’avais ressenti chez elle une force, une immense humanité, un désir de soulager la souffrance. La loi dite Leonetti de 2005 fait partie des grandes avancées de la République. Elle fut adoptée à l’unanimité par les députés. Elle a permis une véritable prise en charge de la douleur en fin de vie. Elle a permis à mon ami Alain de partir dans la dignité. L’aide active à mourir – l’euthanasie, quoi – comme le propose le projet de loi de l’actuel gouvernement ne relève pas de la même logique, de la même hauteur de vue. Elle procède de l’erreur de calcul, d’une vision comptable de la société.

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