Je ne crois plus en l'institution.

Je ne crois plus en l’institution.

C’est un constat difficile à reconnaître pour un élu, dont la 1ère élection au poste de conseiller municipal date de 2001 devenu maire en 2014, réélu en 2020.

Enthousiasme

J’ai toujours cru, depuis mon adolescence, à l’intérêt qu’il y avait d’être dans le système, tout en ayant le pied droit bien en dehors. J’ai toujours eu le goût de la chose publique, en tant que président d’association, d’abord, après mon passage à la mairie de Saint-Pierre-des-Fleurs, aux côtés de Jean Marie, en tant qu’objecteur de conscience. J’y ai porté, entre autres, le projet de la bibliothèque. J’ai toujours cherché à être utile aux autres, par le bénévolat, par mes tutos présents sur mon site professionnel ou au travers de diverses activités non marchandes.

Quand vint la crise sanitaire

Lorsque je vais devant le Tribunal administratif de Rouen  en 2013 pour deux recours portant sur le fonds de concours indûment payé à l’Interco par la commune de Saint-Eloi et sur la nécessaire prise en charge des fluides du bâtiment par l’Interco, j’obtiens en partie gain de cause, mon 1er recours, hélas, étant invalidé pour des questions de forme et de délai plus précisément. La bascule, chez moi, s’est opérée en fait au niveau de la crise sanitaire dite du COVID, au cours de laquelle nous avons eu à subir le mensonge et l’infamie. Le mensonge sur les masques, sur un produit expérimental sans grande efficacité, injecté en population générale. L’infamie parce que, en toute rationalité, il n’y avait aucun intérêt à mettre au ban de la société des personnes jeunes ou en bonne santé, refusant d’être les cobayes des actionnaires des labos avides de dividendes, en recevant un infâme jus de chaussettes aux effets secondaires incertains.

Occupe-toi de tes fesses…

A l’occasion de cette crise, j’avais pris un arrêté pour que la Mairie coordonne localement les différents services assurés à la population : espace périscolaire, centre de loisirs et école. L’arrêté fut retoqué par le Tribunal administratif. « Touche pas à ça, petit con« … Tel fut en substance le message que m’adressèrent alors les services de l’État et de l’Éducation nationale au travers de leur représentant dont les codes vestimentaires étaient en tout point ceux du juge administratif. Dès notre entrée dans la salle, Paule – 2e adjointe – et moi avions compris que le Tribunal allait casser la décision.

Un État sous influence

Et puis, il y eut cet arrêté en 2019 de création d’une ZNT de 2 mètres le long de la chaussée revêtue, franche de nitrates et de pesticides. J’avais eu la primeur des arguments des services de l’État dans les réseaux sociaux où des jeunes agriculteurs de la FNSEA m’expliquaient que les eaux du point haut du bassin versant n’allaient pas dans son point bas. Les chambres d’agriculteurs ont privatisé les services de l’État. Oui, dans l’Eure, sur ces questions, ce sont bel et bien les agro-cérealiers de la FNSEA qui décident à la place de l’État. Passage des bennes trois-essieux, tracteur compris, chargées à plus de 55 tonnes qui dévastent nos voiries communales et nos canalisations d’eau. Avis donné – bloquant – par les chambres d’agriculture sur les rétrécissements de chaussée et les ralentisseurs qui empêcheraient de rouler à 50-60 km/h avec ces engins de destruction massive. Traitements pesticides le long de la chaussée revêtue, dans les communes où les maires sont aussi des agriculteurs, sans que l’OFB ou la police de l’eau de la DDTM n’y trouvent rien à redire. Les services de l’État sont aux ordres.

L’eau, une faillite collective

Mon arrêté s’appuyait factuellement alors sur le dépassement en pesticides des seuils d’alerte et la hausse tendancielle des nitrates, observés dans l’eau des points de captage qui alimentent l’eau du robinet. Nous sommes en 2024 et, depuis la prise en compte des métabolites mesurées depuis janvier 2022, l’eau distribuée sur le plateau du Neubourg et du Roumois est devenue soudainement non conforme, impropre à la consommation pour les nourrissons et les dialysés. Elle l’était déjà avant ! Et pour les autres, c’est grave docteur ? Le SERPN – le syndicat d’eau – en est rendu à distribuer des bouteilles sur le bassin d’alimentation de captage du Tremblay-Omonville, où le Préfet et les services de l’État ont la bonne idée d’autoriser la construction d’un méthaniseur. Comprenons-nous bien : je suis pour les méthaniseurs, à la condition de ne pas y enfourner les cultures de champs qui pourraient servir à l’alimentation humaine ou à celle des animaux d’élevage. Mais quelle idée d’aller épandre massivement les digestats issus de ces méthaniseurs au pied des zones de transfert rapide des bassins, dont l’eau du ruissellement abonde les nappes et les points de captage ! Pourvus d’agences de l’eau et de la santé, d’intercommunalités, de syndicats d’eau, de communes, de l’OFB et de la DDTM, nous ne sommes même plus foutus de garantir la distribution d’une eau potable à nos habitants qui, massivement, s’équipent de filtres et d’osmoseurs ! L’institution, sur la question de l’eau comme sur d’autres, a failli.

Renouveler les renouvelables

A la demande de Jean-Paul Legendre, le Président de l’Union des Maires et des élus de l’Eure, j’ai intégré la commission EnR – Energies Renouvelable – du département de l’Eure. Les réunions ont lieu le vendredi après-midi. On y discute de l’installation d’éoliennes, de panneaux solaires et de méthaniseurs. Rien sur les projets de proximité alimentant le réseau basse tension. Rien sur le financement de moulins, roues à aube et autres micro-barrages, alors que notre département contient de nombreux cours d’eau. Toute l’attention de l’État va aux « gros », là où il faudrait inséminer au plus près des consommateurs. Ces projets, aujourd’hui, alimentent ces autoroutes européennes de l’électricité.

Jurassic Park

Je pourrais encore évoquer la bêtise à relancer le programme électro-nucléaire français, dans la perspective d’une pénurie réelle des stocks d’uranium. Si la Chine a jeté son dévolu sur la Namibie, c’est avant tout pour ses mines d’uranium dont plus aucun pays ne pourra prétendre avoir la moindre miette. Dès 1986, le démantèlement des têtes nucléaires russes et américaines avait en fait vocation à fournir le combustible nécessaire au nucléaire civil. Le pic de production d’uranium a été atteint en 2016. 7 ans plus tard, ce gouvernement décide de nous replonger dans une technologie sans avenir, avec la construction de 10 nouveaux réacteurs « nouvelle génération ». Le choix de l’EPR ne doit rien au hasard. Ces réacteurs sont les seuls à pouvoir utiliser 30% de MOX, combustible fabriqué à partir de l’uranium retraité en Russie. Croyez-vous que dans 15-20 ans, au rythme où nous le consommons et nous construisons nos réacteurs, nous disposerons encore de stocks d’uranium ? Et si oui, à quel prix ?

Bouge de là

Ce qui fait bouger l’institution, ce sont d’abord les mouvements citoyens relayés par les médias. Ce qu’est parvenu à réaliser le Collectif de Boissey le Châtel est exceptionnel. Ils ont réussi à faire reculer, très temporairement, les élus du SERPN sur l’augmentation de 70% du prix de l’eau. Ce n’est que partie remise. Lors de la dernière AG du syndicat, forts de leurs forages, les agriculteurs majoritairement représentés au sein du syndicat d’eau entendent faire payer l’usager. Ils sont contre l’intervention directe de l’État, parce qu’ils n’ont pas envie de payer en tant que contribuables. Pour faire bouger, il faut aussi et surtout aller sur le terrain de la justice civile et pénale. En 2001, l’État français était condamné par la 6e chambre de la Cour européenne du fait du non respect de la directive nitrates de 1975.

Aux mains de quelques-uns

La recherche de gains fait aujourd’hui que l’État est piloté de l’extérieur : Big Pharma, les agro-céréaliers de la FNSEA, le complexe  militaro-nucléaro-industriel auquel il faut ajouter les oligarques des médias français. Les politiques publiques en matière de santé, d’alimentation, d’énergie et d’information – ajoutons-y la mobilité peut-être – sont aujourd’hui dans les mains de quelques uns et échappent à toute logique d’intérêt général. Après Dieu, le marché, ses minables petits intérêts et la médiocrité…

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