La nécessité de la transparence

La nécessité de la transparence

Depuis mars 2020, toutes les décisions relatives à la crise sanitaire ont été prises dans le cadre d’un Conseil de Défense, une sorte de conclave duquel finit par sortir une fumée blanche de la bouche d’Emmanuel Macron sur les chaînes de radio-télévision. Tous les participants – dont Olivier Veran et Jérôme Salomon – sont tenus au secret défense.

Considérer la crise sanitaire comme une question de sécurité ou de défense nationale est, en soi, une étrangeté, une bizarrerie. Ce machin a été institué sous Sarkozy en remplacement du Conseil de Sécurité intérieure. C’est sous François Hollande, suite aux attentats de 2015, que ce Conseil va prendre tout son essor.

De ce Conseil, nous ne savons pas grand chose quant à la liste des participants et au contenu des échanges . Pas de compte-rendus. La grande majorité des ministres et des secrétaires d’État n’y sont pas présents. Et aucun contrôle parlementaire ne peut s’exercer sur cette instance.

L’émergence de ce Conseil, de mon point de vue, caractérise deux phénomènes. La rétractation du pouvoir dans les mains d’un nombre toujours plus petit de décideurs, d’abord. Et, par ricochet, une dérive de plus en plus monarchique et technocratique de notre République, dans laquelle la contradiction n’a plus sa place. La peur de la réalité d’une décision incertaine et impuissante face à l’épidémie, teintée d’incompétence, ensuite. Le pouvoir, après la crise du sang contaminé, ne veut plus prendre de risque judiciaire, en se tartinant de la confiture du secret défense.

Ce Président et ses affidés sont en train de perdre définitivement la confiance d’une grande majorité de Français, du fait du choix de l’opacité contre la transparence. Les médias, du fait du secret défense, sont empêchés de faire correctement leur boulot. Il n’avait certes pas besoin de ça pour le faire aussi mal. La France glisse doucement, mais sûrement vers la démocrature. Il serait temps, alors que les élections présidentielles avancent à grand pas, que les candidats putatifs se saisissent de cet enjeu démocratique. Il nous faudrait de toute urgence  définir plus précisément et restreindre l’utilisation de ce Conseil de défense. En 2022, il pourrait être entre de très mauvaises mains.

 

4 replies on “ La nécessité de la transparence ”
  1. « Tous les participants […] sont tenus au secret défense ».

    Pour quelle raison officielle (probablement burlesque) ? Le virus aurait-il des oreilles ?

  2. Il existe un document de 78 pages pondu par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale :

    « Plan national de prévention et de lutte « pandémie grippale »
    Document d’aide à la préparation
    et à la décision
    n°850/SGDSN/PSE/PSN Octobre 2011
    Ce plan abroge et remplace le plan national n° 150/SGDN/PSE/PPS du 20 février 2009

    On le trouve facilement en ligne. Pour faire rapide ce plan comporte 4 stades (à ne pas confondre avec 4 vagues)
    Stade1 : freiner l’introduction du virus sur le territoire
    Stade2 : freiner la propagation du virus sur le territoire
    Stade3 : atténuer les effets de la vague épidémique
    Stade 4 : revenir à la situation antérieure
    Assez curieusement , le plan reste bloqué au stade 3 maxi en faisant tout de même des aller retour entre stade 2 et 3…
    On pourrait bien assister à une dérive totalitaire, au sens qu’en donne certains philosophes
    « Totalitarisme » désigne le système politique qui prétend gérer toutes les dimensions de la vie citoyenne, publiques comme privées »

    Nous sommes déjà entre de mauvaises mains, il faut se l’avouer au lieu de croire qu’il pourrait y avoir pire entre d’autres mains, ce qui sous entend que ça pourrait s’arranger.
    Nous ne sommes plus à la chasse au virus mais à courre, au serf..

  3. Après Régis Debray, tu invoques Jacques Sapir.
    Il est vrai que nos intellos mettent du temps.

    Il faut savoir attendre.

    Ne jamais confondre vitesse et précipitation (vieil adage en fauteuil roulant ;+)

    Bon, là, il faudrait peut-être accélérer.

  4. L’opinion souvent entendue ou lue qui se résume par « incompétence » des dirigeants politiques à propos de la mise en réa de la France et en attendant son décès me paraît une analyse exagérée..
    Dictature du très court terme : Baser les décisions politiques sur la base du dernier pic d’émotion, du dernier sondage ou des directives du siège des multinationales…..heu de l’UE, et enfiler des lois fourre tout de 100 pages par semaine avec 50 députés nécessite t’il d’être compétent ?
    Cumul : ça ne fait pas rire beaucoup de monde, mais le fait de lire que tel élu, « au sommet » est président d’agglo, de syndicats divers et variés, maire, député, avocat de banque, etc etc… je me suis toujours demandé si la journée des grands hommes d’heures comportait 24h comme le pékin de base que je suis. (Exemple notable à portée d’un maire : Baroin président de l’AMF)… Au bas de l’échelle, les répliques sont légions mais moins rémunérées, on est d’accord.
    Transparence : A part quelques bricoles « secret d’état » ou une déclaration de guerre personnelle du président, tout est globalement transparent en France. Les études, rapports de centres de réflexion (France stratégie, OFCE, directives UE) qui sont à la base des décisions sont en ligne. Il suffit de s’intéresser. C’est un manque de curiosité des français. De fait, par exemple on devrait s’interroger sur les opérations de baisse de recettes publiques volontaires douteuses pour rester correct, et non sur les fausses hausses de dépenses publiques. Ne pas confondre donc « complotiste » et « réflexionniste ».
    Gouvernance par agence et AAI (autorité administrative indépendante) sectorielles (CRE, CNIL, HATVP, ARCEP etc…) : C’est moins connu mais des décisions dans certains secteurs d’activité sont préparées par des technos qui dialoguent avec des multinationales ou s’arrangent avec les portes tournantes des hauts fonctionnaires (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique)..
    Dernièrement, la disparition de la TH, des impôts de production et la relève de l’impôt sur les revenus par des entreprises privées devrait questionner. Mais non !!
    Si en plus, on se met à discuter des contrôles de l’UE sur le budget national, de l’impératif de répliquer dans le droit français les directives venues de décideurs non élus…
    Et enfin, ne sommes nous pas responsables nous mêmes de la montée de jouissance de toute puissance d’une minorité de psychotiques, de truqueurs etc…. ?
    La compétence du politique est t’elle le problème ?

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