La rétractation de la société

La rétractation de la société

L’apparition de la violence et de comportements inadaptés dans nos classes de maternelles et de primaires de nos villages ruraux doit nous amener à réfléchir quant à son traitement et à ses origines.

La réponse fournie par l’institution est de considérer ces troubles du comportement comme un handicap. Mais, s’agit-il encore d’un handicap quand un enfant se lève, dance, chante, jette des objets, tape ses institutrices et les insulte ? Paraphrasant Jean-Pierre Le Goff, je dirais bien volontiers que notre société est désarmée matériellement et culturellement face à l’apparition de phénomènes qui étaient inconnus il y une petite dizaine d’années. Face à ces problèmes, la réponse institutionnelle consiste la plupart du temps à adjoindre aux enfants un AESH ou bien à les mettre en face de bons « maîtres » spécialisés. A un enfant par classe ayant ce type de troubles du comportement, l’institutrice peut encore faire face. Mais, quand vous avez en face de vous 5 ou 6 cas dans une classe de 22 enfants, alors il est impossible, sans aide et personnels supplémentaires, pour une institutrice normalement constituée, d’enseigner et d’apprendre à lire, à écrire et à compter. Autrement dit, elle est tout simplement empêchée de faire son métier.

D’où viennent ces phénomènes ?

J’y vois plusieurs raisons. La 1ère, c’est l’arrivée en milieu rural de rurbains dont le rêve reste la maison individuelle à la campagne. Il s’agit, pour eux, de fuir toutes les incivilités du quotidien qu’ils subissent dans nos villes. C’est ce que j’ai fait pour ma part en 1994, alors que mon fils Valentin avait marché sur une seringue souillée du sang d’un toxico. Fortement désocialisées, ces familles viennent chez nous avec leur passé et leur passif. Les enfants qui étaient bien plus encadrés en ville, notamment du fait du dédoublement des classes de CP-CE1 dans les REP, du fait de la multiplicité des structures de loisirs, se retrouvent un peu perdus dans une environnement qui ne leur est pas familier. Enfermés les mercredi et le week-end dans leur  propriété et dans leur maison, ils passent leur temps sur les écrans et les jeux vidéos. Dans certaines familles, les jeunes garçons de CM1-CM2 sont même devenus les partenaires de leur propre père, jouant à des jeux interdits au moins de 16 ou 18 ans tels que GTA, Call of Duty ou bien Fortnite. Le numérique s’est substitué à la bande de copains avec lesquels nous allions taper le ballon. Nos enfants se désocialisent petit à petit, sachant que nous manquons cruellement d’associations et de lieux d’activités dans nos petites communes aux budgets limités.

2e raison. La préoccupation des Intercos est aujourd’hui le développement d’activités économiques à coup de millions d’euros dépensés pour des résultats qui s’inscrivent dans des logiques clientélistes à très faible impact pour l’intérêt général. Nous ferions bien mieux à développer et à financer des brigades d’aidants et d’animateurs pour nos écoles, à l’échelon local plutôt que de dépenser tout ce pognon de dingues. Pour faire simple, le monde des adultes vieillissant, occupé à ses petites affaires – la gérontocratie pour faire simple –  se moque en réalité de ses enfants. Avec 600 millions d’économies réalisées l’année dernière sur le budget du ministère de l’éducation nationale, le « Quoi qu’il en coûte » nous coûte en fait de plus en plus cher sur le plan de la citoyenneté. Pour rappel, le taux d’illettrisme de nos jeunes fraîchement sortis du système scolaire français est de 12% dans notre pays. La crise sanitaire et le port du masque n’auront facilité ni les conditions de l’enseignement des savoirs fondamentaux en CP-CE1, ni la socialisation de nos enfants. Les instituteurs n’ont pas à faire l’éducation des enfants. Ils n’ont pas, non plus, à faire celle de leurs parents qu’il est difficile d’envoyer en camp de rééducation pour défaut de parentalité.

Alors, que faire ?

Face à la mobilisation des moyens au profit de la technostructure qui saigne notre pays de ses producteurs de biens et de services, il serait temps de s’auto-organiser au niveau local, en se substituant aux défaillances de l’institution. Les parents, les habitants seraient inspirés, avec les collectivités locales et territoriales, à développer le soutien scolaire, les activités culturelles et sportives pour leurs enfants. C’est au niveau local et lui-seul que nous empêcherons ce mouvement profond de rétractation de la société.

 

2 replies on “ La rétractation de la société ”
  1. Vous devriez venir dans mon secteur, on ferait peut être des choses intéressantes. Comme conseiller, j’ai proposé la création d’une commission communale de « défense » (seule manière de ne pas produire de rapports pour imiter qui vous savez) pour préparer un certain nombre de réflexion pour préparer des réponses à des problèmes importants qui ne vont pas manquer de survenir dans les prochains mois ..
    Sous l’effet de surprise, les réactions ne sont que très rarement adaptées.
    Je n’explique pas l’idée ici…

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