Le camp du bien

Le camp du bien

Une personne de mon entourage – appelons la Poutinette – s’est vue reprocher par sa directrice d’école le fait qu’elle n’a pas voulu qualifier Poutine de fou paranoïaque pour expliquer aux enfants de sa classe de CM1 la situation en Ukraine. Elle a surtout voulu les rassurer, en leur donnant des explications et des faits historiques.

Je suis sidéré que cette directrice sous la pression des parents ait pu agir de la sorte. Poutine, comme Xi Jinping, Bachar el-Assad et quelques autres, est un criminel de la pire espèce qui n’hésite pas à faire assassiner les Tchétchènes et ses opposants. Pour autant, est-il, à l’image de ses éminents collègues, un fou paranoïaque qui envoie les Ouïghours dans des camps d’internement depuis 2014 ou qui sulfate sa population de bombes chimiques ? Combien les États-Unis et leurs alliés ont tué de civils à l’occasion de la  guerre d’Irak en 2003 ? Avons-nous pris des mesures de rétorsion contre nos alliés, alors qu’ils sont intervenus en dépit des règles du droit international ? Non. Ils étaient dans le camp du bien.

L’OTAN s’est fabriquée après la 2e guerre mondiale. Il s’agissait officiellement de nous protéger du communisme. En réalité, ne soyons dupes de rien. Il s’agissait surtout et avant tout de maintenir la domination des pays occidentaux sur leurs anciennes colonies pour mieux corrompre, y vendre nos produits et piller leurs ressources. La France exploite l’uranium du Niger depuis 1968. Et l’intervention de la France au Mali est là pour nous rappeler que nous avons d’importants intérêts au niveau du Sahel.

L’Ukraine dispose de nombreuses ressources. Elle est tout d’abord un grenier à blé, assurant 12% des exportations mondiales. Elle possède d’importantes réserves de gaz de schistes, d’uranium, de titane, de manganèse, de fer, de mercure, de palladium , de platine, de cobalt, de tungstène. Et surtout, la Russie est tributaire de l’Ukraine pour le transport de son gaz vers les pays européens. Soyons clair : rien de tout cela ne peut justifier l’agression russe contre le peuple ukrainien.

 

 
3 replies on “ Le camp du bien ”
  1. Entre le Covid et Poutine, on dirait une nouvelle obsession mentale de vouloir absolument impliquer les enfants dans des choses qui ne les concernent pas. Quand j’étais en CM1, entre la crise des euromissiles, l’élection de Thatcher et – tient donc – l’« intervention » soviétique en Afghanistan, il y aurait eu pourtant matière à ce que les adultes déverses leurs angoisses sur nous. Me souvient pas qu’ils l’aient fait. À mois que jouer aux billes, ca détend…

  2. « Le manichéisme de l’immédiateté qui se répand sur nos écrans est non seulement le fossoyeur de la vérité, il est la matrice des désordres de demain » dixit Arnaud Benedetti.
    Dans notre monde orwellien, tout est soit blanc soit noir, pas de place aux nuances de gris, sauf pour la littérature érotique. Aussi, après les oukases normatives covidiennes présidant à la soumission des esprits, il n’est nullement surprenant que tout un chacun soit aujourd’hui appelé à rejoindre sur le champ l’antithétique camp du bien, quand bien même celui-ci puerait comme une charogne baudelairienne.
    Cela laisse présager une élection présidentielle bien vérolée.

    1. Bien dit. Il y a une injonction à être « pro » ou « anti ». Et rien d’autre ; le fameux « si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous ».

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