Le match retour

Le match retour

Si j’ai tenu à aller aux AG des Gilets Jaunes à l’origine des manifestations rouennaises contre le pass sanitaire, c’était pour y faire connaissance et aussi pour comprendre les motivations de ces gens. Je n’y retournerai plus. Leur rejet des syndicats, des partis politiques et de toute forme d’institution me semble s’opposer à un principe de réalité : ils appellent à l’unité en rejetant tous les autres. Leur combat est condamné immanquablement à se finir en tête à tête avec les forces de police, les LBD et les bombes lacrymogènes. Les représentants des partis politiques qui étaient venus voir ont tous désertés les AG. Il y reste un ou deux fachos manipulateurs qui ont tout de même réussi à faire inscrire sur la banderole de tête de la manif du 24 juillet « Montjoie ! Saint-Denis ! Que je trépasse si je faiblis.« , sans que personne n’y trouve à redire. Il paraît que c’est là l’expression de la liberté… d’expression.

J’ai cru au départ que ces AG n’étaient que de simples groupes de paroles, où la seule décision prise est le parcours de la manif. Pas de tract. Pas d’affiche. Pas de marché. Ces moments de discussion sont en fait des parodies de démocratie directe, sachant que le porte-parolat est assuré par un tout petit groupe d’individus anti-tout et surtout pour eux-mêmes. L’objectif est de rassembler le plus de personnes possibles, afin d’en avoir une très grosse… manifestation. Notons au passage que la stratégie parisienne a fait un flop retentissant. Sans comprendre ce que le mouvement sur le pass sanitaire avait de singulier sur le plan sociologique, ils ont réussi ce tour de force, sans aucune forme de concertation, à inviter leur frérot Jérôme Rodriguez le 4 septembre à Rouen. Dans le genre épouvantail à moineaux, il ne pouvait pas y avoir de pire choix. Ces représentants auto-proclamés du peuple ne sont pas le peuple français à eux tous seuls. Rappelons que plus de 87% des Français âgés de plus de 18 ans ont reçu au moins une dose. Et 2/3 d’entre eux approuvent le pass sanitaire. Convaincre et gagner nécessitent de réfléchir, d’avoir une stratégie. Là, il n’y en a aucune !

Tout cela, hélas, n’ira pas bien loin tant que les « gros » ne se joindront pas aux manifestations. La perspective d’un prix du litre de gasoil à 1,50 euros me semble de nature à changer la donne. Le combat contre le pass sanitaire ne peut pas se réduire à faire le beau à la tête de manifestations de personnes qui, majoritairement, sont l’anti-thèse des Gilets Jaunes. La volonté chez ces professionnels de la manifestation de se rétracter sur eux-mêmes et de se communautariser ne me semble pas de bonne augure pour la suite. Une des personnes présente à l’une de ces AG avait réclamé d’effectuer une rotation au niveau du porte-parolat du mouvement rouennais. Cette question n’a pas été réellement débattue : je ne l’ai plus jamais revue, s’étant bannie d’elle-même du groupe. Ce nouveau monde ressemble à s’y méprendre à l’ancien. Aucun argumentaire. Des décisions prises par un petit groupe d’individus. Et si les Gilets Jaunes n’étaient que l’expression d’un désir mimétique, dont le modèle obstacle s’appellerait Emmanuel Macron ?

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