Les choix autodestructeurs des agriculteurs français

Les choix autodestructeurs des agriculteurs français

L’erreur originelle des agriculteurs français ne date pas d’aujourd’hui. Elle est avant tout d’avoir obéi aveuglément aux injonctions d’Edgar Pisani, alors ministre de l’agriculture du général De Gaulle. Il fallait, alors, nourrir la France, l’Europe et le monde, en exportant une grande partie de la production agricole française. Alors, les agriculteurs ont épandu engrais et pesticides. Les banques ont financé leur mécanisation, leur dépendance au pétrole et aux intrants. Ils ont arasé nos haies à coup de subventions publiques. Nos printemps sont devenus silencieux. Plus un seul ver de terre dans les sols. Plus d’oiseaux dans nos plaines. Plus d’insectes sur nos pare-brises. Notre eau de pluie est devenue toxique. L’eau des nappes est lourdement contaminée. 60 ans du modèle productiviste ont provoqué l’apparition de maladies professionnelles chez les agriculteurs, dans leurs propres familles et chez les riverains des champs inondés de pesticides, dont la consommation a encore augmenté de 14%.

La catastrophe écologique à laquelle nous assistons se couple désormais à un désastre social et économique. Sous le poids des dettes liées à la quête de productivité et du fait d’un transfert de revenus vers l’agro-industrie, les transporteurs et la distribution, la MSA a recensé 526 suicides en 2016 chez les agriculteurs. Signe des temps, la FNSEA, en phase terminale, a élu comme président un agro-céréalier. Les « petits » ont toujours eu le goût des « grands » hommes. Pour comprendre l’explosion des prix sur la viande de porc, sachez que les groupes industriels ont décidé de spécialiser leurs abattoirs. Résultat des courses : les bestiasses parcourent, en Normandie, entre 300 et 400 kilomètres aller-retour pour aller se faire trucider et nous revenir en caissettes. La dépendance des paysans à l’agro-industrie fait que les prix d’achat s’effondrent ; le transport que les prix de vente explosent !

Le cas des marins-pêcheurs est encore bien pire. La destruction des espèces provoquée par l’industrialisation forcenée de la pêche, la hausse des prix du carburant et la mise au norme des bateaux font qu’ils seront réduits bientôt à faire de la pêche à pied.

A vouloir entrer à l’insu de leur plein gré dans une mondialisation nihiliste et destructrice, les agriculteurs sont désormais exposés aux lois de l’avantage comparatif. La contre-partie aux subventions de la PAC a été d’ouvrir le marché européen en signant des accords de libre-échange avec le reste du monde peu soucieux des normes que nous nous appliquons à nous-mêmes. Dans mon village, les pommes de terre sont exportées en Belgique pour nous revenir en chips. Les veaux sont envoyés en Italie, pendant que la viande de réforme inonde nos supermarchés. L’essentiel du prix des denrées que nous mangeons est constitué de nitrates, de pesticides et de pétrole ! Le modèle agricole français des années 60 est voué, hélas, à son auto-destruction. Je ne donnerai jamais mon soutien à des personnes dont la grande revendication est de pouvoir continuer d’utiliser des pesticides interdits du fait de leur dangerosité avérée pour la santé humaine, comme le veulent aujourd’hui ces « pauvres paysans », dirigeants de la FNSEA.

9 replies on “ Les choix autodestructeurs des agriculteurs français ”
  1. Tout a fait d’accord et tous qu’ils veulent c’est polluer encore et encore notre planète, la terre n’en peut plus de leur saloperies de traitement

  2. Les principaux responsables de la détresse des agriculteurs sont les consommateurs citoyens français qui veulent acheter le moins cher possible dans des supermarchés des produits en provenance de pays étrangers. Moi je mange peu de viande mais j’accepte de la payer plus cher chez mon boucher du quartier. Pour le reste c’est le marché du coin où j’achète à des producteurs locaux. Manger c’est voter.

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