Macron : le sceau d’une droite archaïque

Je dois – avant de vous parler du sens des mesures proposées aux pauvres, lundi dernier, par Manu Macron – faire devant vous acte de contrition. Je me suis trompé sur le personnage. Mes biais cognitifs m’ont amené à croire que cet homme était de centre gauche, alors que ma femme s’évertuait à me dire tout le contraire. « Il ne peut pas être de gauche puisqu’il est marié à une Trogneux« . Virginie est née à Amiens et, là-bas, la famille de notre 1ère Dame n’est pas spécialement connue pour être particulièrement gauchisante ! En plus de sa retraite de professeure, Brigitte devenue Macron dispose de copieux revenus provenant de trois boutiques et d’une agence immobilière. Son patrimoine évalué à 1.4 millions d’euros l’aurait assujettie à l’ISF, si son mari de Président n’avait pas fait le choix de le supprimer. Je m’interroge désormais sur le moteur – très personnel – qui l’aurait amené à soulager nos très riches de cet impôt dont le rendement se bonifiait avec le temps.

Mesurettes pour la piétaille

Lundi dernier donc, notre Président Macron a jeté quelques miettes aux pauvres, oubliant – ou pas – sans doute que peu de gilets jaunes seraient concernés par les mesures annoncées. Il a tout d’abord arrosé la piétaille de 100 euros par mois, défiscalisés et désocialisés. Il a demandé à ces amis du CAC 40 de bien vouloir faire un effort envers leurs salariés, en les soulageant des cotisations lors du versement des primes de fin d’année. Il faut dire qu’il les aura bien aidés durant ses 1ers 18 mois de présidence ! Dans un acte de grande bonté, afin de couper le soutien logistique des retraités en colère apporté aux gilets jaunes, il a relevé le seuil de la CSG de 1200 à 2000 euros. Cerise sur le gâteau, notre monarque républicain a repris la proposition de la droite sur le rétablissement des heures supplémentaires défiscalisées et désocialisées. On nous dit, dans les milieux autorisés, que la mesurette lui aurait été soufflée par Nicolas Sarkozy reçu à déjeuner en grande pompe à l’Élysée.

La répartition au régime

Pas de coup de pouce au SMIC. Pas de coup de pouce aux minima sociaux. Et des milliards de cotisations qui partent en fumée ! Rappelons tout de même à ceux d’entre vous qui ne l’auraient pas compris que nos retraites – enfin vos retraites – sont payées par les cotisations d’aujourd’hui. A force d’exonérations, le gouvernement n’aura pas d’autre choix que de reculer l’âge de départ à la retraite de 62 à 64, puis de 64 à 68 ans, en nous expliquant que nous vivons toujours plus longtemps. La réalité est tout autre. En appauvrissant nos caisses de retraite, nous signons l’arrêt de mort du régime de répartition. Fillon n’aurait sans doute pas fait mieux !

Ni de gauche, ni de gauche

Comment ai-je pu à ce point me tromper sur Emmanuel Macron ? En 2015, Marc Endeweld, journaliste à Marianne, publie un livre contre-enquête sur notre altesse sérénissime. Il y révèle cette phrase assénée par ce qui n’était alors qu’un vulgaire petit ministre de l’économie :  » le consensus de 1945 est inadapté « . Inadapté, le fait de ne pas avoir à se soucier de sa retraite, lorsqu’on se lance dans la vie active, lorsqu’on doit acheter maison et biens d’équipement ? C’est ce consensus qui a fait la croissance jusqu’au milieu des années 1970. Et ce n’est pas la croissance qui a fabriqué le consensus. Macron, en voulant singer Reagan ou Thatcher – comme tentent de le faire tous nos gouvernants depuis 1983 avec plus ou moins de succès – se trompe d’époque. Il se trompe dans la réponse. Si notre société vacille, elle le doit à la goinfrerie des plus riches qui s’accaparent les ressources et nous amènent à rendre la terre invivable. Elle le doit surtout à la finance qui n’a plus de limite dans son goût prononcé pour l’hybris.

Élevés sous cloches

Notre jeune Président s’est fait élire par défaut. Entre Macron, Fillon, Hamon, Mélenchon et Le Pen, que pouvions-nous faire au juste d’autre que de voter pour ce jeune roquet prétentieux et arrogant dont nous savions rien au juste ? J’ai été frappé cet été par l’audition d’Alexis Kohler, l’actuel secrétaire général de l’Élysée, sur l’affaire Benalla. Comment un type de ce rang peut-il être aussi confus dans son expression et donc dans sa pensée, aussi imprécis ? A la lecture de sa fiche Wikipédia, vous vous rendrez vite compte que le 2e cerveau d’Emmanuel Macron – hélas il ne s’agit même pas de Gérard Collomb ;+) – ne connaît rien, lui non plus, à la vie des gens. Les Français ont « choisi » un couple de tomates hors sol. Le monde de nos compères, c’est celui de la commission Attali et de tous ses membres nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Pour mémoire, c’est ce brave Jacquot qui nous avait expliqué en 2007 que les crises financières étaient derrière nous. Un des rapporteurs de l’époque s’appelait… Emmanuel Macron. Bonne pioche.

RIC

Ce qui m’aura également surpris dans les annonces de notre petit Napoléon en chef, c’est l’absence de propositions sur le nécessaire renouvellement de notre vie démocratique. Business as usual. Or, c’est peut-être là un des aspects les plus intéressants du mouvement des gilets jaunes. J’écoutais une émission sur France Culture consacrée à la Suisse et à ses institutions. Le 10 février, nos voisins helvètes auront à se prononcer pour ou contre le mitage. En Suisse, il faut recueillir 100000 signatures pour un référendum d’initiative populaire. Transposée à la France, une votation nécessiterait l’assentiment de 800000 électeurs. Aucun parti politique ne serait capable, à lui seul d’atteindre ce seuil. La démocratie ne serait donc pas vraiment en péril ! Depuis la modification constitutionnelle de 2008, il faut 20% de parlementaires et 10% des électeurs inscrits – soit plus de 4 millions de signataires – pour demander un référendum d’initiative partagée. Autant dire que, dans ces conditions, nous n’aurons jamais de votation en France avant la Saint-Glinglin ! Il faut de toute urgence permettre l’expression de tous, si nous ne voulons pas que nos institutions basculent dans le chaos et, en creux, vers un régime autoritaire.

Godillots ploutocrates

J’ai aujourd’hui beaucoup de mal à comprendre Bruno Questel et Fabien Gouttefarde, nos députés eurois LaREM, accessoirement ex-socialistes. Comment pouvez-vous, les « amis », cautionner une telle politique libérale et anti-sociale à la fois ? Comment pouvez-vous donner votre caution à un discours résolument de droite, où l’exécutif a fait le choix de trois ex-LR pour gouverner la France ?  Vous n’avez pas idée du niveau de détestation de votre politique, qui va maintenant bien au delà de la seule personnalité de Manu Macron. Je n’avais pas bien compris que votre projet était d’accélérer la transformation de notre République en une ploutocratie policière et autoritaire. Votre projet, sachez-le, est sans issue.

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