Nicolas Hulot ou la pédagogie de la catastrophe ?

En 2011, j’ai voté aux primaires de l’écologie en faveur de Nicolas Hulot. L’ancien ministre de la transition écologique est, je le crois, un homme sincère. Depuis 2002, il n’a cessé d’agir auprès des politiques français, croyant à la vertu du compromis et des petits pas. En vain.

Un incendie dans le Jura, à Maisod

Cet été, j’étais dans le Jura, à Blois sur Seille, dans un des gîtes loué par Madame le Maire, Arlette Guichard, une femme extraordinaire. Nous avons beaucoup échangé sur nos pratiques et nos problématiques respectives. Pour la 1ère fois, cet été, dans le Jura à Maisod, 110 hectares sont partis en fumée. La faute à la canicule. La faute à la dépopulation du Jura. Dans les années 50, les pentes des montagnes étaient régulièrement essartées par les agriculteurs encore nombreux. Aujourd’hui, l’essentiel de la production sylvicole est envoyée en Chine. Face à la forêt qui s’étend (plus de 50% du département), les tronçonneuses et les forestiers vont au plus facile !

Quant aux agriculteurs vieillissants, ils font le choix d’aménager leurs fermes en gîtes et chambres d’hôte, percevant 400 euros en moyenne pour une semaine de location au cours des vacances d’hiver et d’été. La seule culture qui s’étend, c’est la viticulture aux pesticides. Les vins sont hors de prix, destinés à l’exportation et à des touristes étrangers ignares à fort pouvoir d’achat. Le vin rouge et le rosé vendus à plus de 6 euros la bouteille sont de la pisse d’âne. Heureusement, il y a du très bon Chardonnay dont je vous recommande le Crémant.

Les salines de Salins

Le désastre écologique dans lequel entre l’humanité n’est pas un processus récent. La production de sel à Salins s’est arrêtée en 1962. Au temps où il fallait des milliers de stères de bois pour extraire le sel des salines, la région  autour de Salins a vu disparaître la forêt. Puis, vint le temps du charbon. Et lorsque les camions purent, à bas prix, transporter le sel dans le Jura à partir des marais salants de l’Atlantique, c’en fut terminé une fois pour toutes des salines de Salins !

Un jour, sans doute, les salines reprendront du service. Nous devrons relocaliser. Le Jura se repeuplera, à l’image de ces Aztèques qui décidèrent de fuir les rites urbains sacrificiels pour aller vivre en forêt.

La pédagogie de la catastrophe

Malgré les accidents nucléaires, malgré une meilleure connaissance des conséquences de l’usage des pesticides, malgré l’asthme qui pourrit les poumons de nos enfants, nous continuons à ne rien faire. Nos émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter. La ressource en eau potable s’appauvrit, y compris en France, du fait de l’usage persistent des pesticides. Nos centrales nucléaires devraient être encore prolongés de plusieurs dizaines d’années, rendant désormais  certain l’incident majeur dans notre pays au cours des prochaines décennies.

Je ne vois comment nous pourrions éviter la catastrophe. Je crois, comme Jacques Chirac, que les politiques ne sont là que pour accompagner les mouvements de la société. Sur l’écologie, clairement, nous ne sommes pas prêts ! La solution ne viendra pas d’une techno-structure, d’une oligarchie et d’une « élite » dont la seule raison d’être est d’exister contre les autres, contre l’intérêt général, contre les communs. Elle ne viendra pas non plus d’une société consumériste qui brûle toutes les ressources. Nicolas Hulot a très certainement eu raison de démissionner. Il sera libre de ses mouvements, de sa parole. Là où il sera, il pourra désormais nous préparer activement à la catastrophe !

2 replies on “ Nicolas Hulot ou la pédagogie de la catastrophe ? ”
    1. @Nicolas

      Ce billet, je l’ai écrit comme une envie de pisser. Je le fomentais depuis plusieurs jours, m’interdisant de réagir à chaud.

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