Le numérique et les réseaux sociaux, angle mort des militants écologistes

Ma présence au sein d’associations diverses et variées me permet de voir à quel point les militants ne sont pas au niveau pour affronter leurs « adversaires ». En 2020, la FNSEA avait donné consigne à ses adhérents d’investir les conseils municipaux pour peser sur les décisions publiques. En milieu rural, les agriculteurs et les retraités de l’agriculture gouvernent, par leur présence majoritaire, désormais les Intercommunalités, les syndicats d’eau et de destruction d’ordures ménagères. Omniprésents dans les institutions, les agriculteurs sont devenus d’excellents communicants. Ils disposent de leur propre réseau social, Farmr. Ils sont présents sur TikTok, à l’image de Lucas. Les agri-influenceurs étaient déjà sur Twitter avec FranceAgriTwittos, Facebook, Youtube et Instagram. La bataille de l’opinion se gagne désormais dans les réseaux sociaux, où ils nous inondent avec méthode de leurs éléments de langage. Les environnementalistes et les écologistes y sont pointés comme leurs ennemis. Les bougres ont du temps, une bonne partie de leurs longues journées de labour le cul dans leurs tracteurs, pour nous asséner leur vérité, depuis qu’ils sont passés maître dans l’art de la communication numérique. Tranquillement, les agrocéréaliers y déversent leur morgue sur l’innocuité des dépassements de seuil en nitrates et en pesticides, en se drapant derrière l’explosion de la paperasse administrative, en embarquant avec eux des paysans qui ont du mal à joindre les deux bouts dans leurs combats. Oui, les agriculteurs aussi ont un goût immodéré pour les hommes forts. Ils sont bons, très bons.

En face, les militants de la cause environnementaliste, écologiste et antinucléaire s’enferment dans leurs listes de diffusion où ils poussent des informations sans importance, souvent cuites et recuites. Les militants, s’ils existent vaguement sur Facebook, ont oublié d’investir, à titre personnel et collectif, Twitter, Instagram, TikTok, Threads et Youtube. Bref, ils sont mauvais. Pire, les salariés et autres représentants des grandes associations de la Cause, souvent présentes dans les institutions où ils font gazou-gazou avec le camp d’en-face, tentent avec succès d’étouffer l’émergence de nouveaux acteurs en oubliant l’essentiel au niveau numérique : les ancres et les liens… bordel. La tribu ToutPouMaGueule ne connaît pas de frontière. Prenons un exemple : celui de la diffusion par le Réseau Sortir du Nucléaire d’une information publiée sur le site de la Coordination Antinucléaire. Pas un seul lien dans l’article vers son « concurrent ». Les agriculteurs, eux, sont moins cons et ne s’embarrassent pas de ce genre d’erreurs, qui font perdre collectivement en visibilité. A la manifestation antinucléaire du 23 mars à Caen, je n’avais jamais vu autant de bannières, de chapelles. J’avais l’impression d’être en pèlerinage, aux côtés de charitons d’un nouveau genre. Le mouvement antinucléaire et plus généralement environnementaliste est complètement pourri par l’ego surdimensionné de quelques militants z’influents qui veulent tirer à eux une couverture totalement invisible aux yeux du grand public. A défaut de scalps, les vieux militants arborent des pin’s.

L’exemple du RSDN montre à quel point les professionnels de la profession cherchent avant tout à garder les projecteurs braquer sur leurs actions. Il faut bien pour les permanents salariés continuer à faire bouillir la marmite. L’antinucléaire a besoin du nucléaire ; l’écologiste du pollueur. Les processus dialectiques font vivre et la thèse et l’antithèse, au plus grand bonheur des uns et des autres. La thèse, c’est le business, le profit à court terme s’essuyant les pieds sur l’intérêt général. L’antithèse, ce sont ces médailles imaginaires obtenues à chaque fois que l’institution, phagocytée par les minorités économiques agissantes, recule très temporairement. Au terme de 50 ans de combat et plus, le bilan en France sur le nucléaire, la création d’autoroutes, les nitrates, les PFAS, les perturbateurs endocriniens et les pesticides est très sombre. Certains, constatant leur échec, ont décidé de plier les gaules pour se réfugier dans des contrées reculées. D’autres continuent parce qu’il s’agit d’un combat existentiel.

Le numérique et les réseaux sociaux sont aujourd’hui des clés majeures pour gagner la bataille des idées. Faisons collectivement notre aggiornamento !

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