Protection de la ressource : l'infox des syndicats d'eau et des services de l’État

Protection de la ressource : l’infox des syndicats d’eau et des services de l’État

La réalité que j’avais montrée en 2019 par mon arrêté municipal cassé par le Tribunal administratif de Rouen sur la contamination aux pesticides et aux nitrates des eaux de nos points de captage a explosé aux yeux du grand public à l’automne 2023. Nous avons perdu 4 ans. 4 années d’inaction environnementale et sanitaire, en fait. Le discours du syndicat d’eau et de ses élus était alors de nous expliquer que nous avions une eau de qualité, niant en cela l’évidence de pratiques agricoles polluant notre air et notre eau.

Changement de pratiques

L’accélération de la pollution de l’eau est due à deux facteurs : les coûts de mise aux normes des installations d’élevage qui ont dissuadé les éleveurs de continuer à exercer et surtout la conversion rapide des prairies en champs de culture gourmands en nitrates et en pesticides, dans un contexte où les sols s’épuisent du fait des pratiques intensives. Si, dans l’après-guerre, le rendement était de 40 quintaux à l’hectare sur le plateau du Neubourg, certaines parcelles peuvent atteindre, selon les années, jusqu’à 120 quintaux à l’hectare. Il en faut des nitrates et des pesticides pour arriver à de tels rendements ! Ajoutons-y l’arrivée massive de la culture de la pomme de terre qui exige à elle-seule une vingtaine de traitements l’année en Normandie, là où blé ou colza n’en consomment que huit environ. Selon les fluctuations des cours, ces pommes de terre ramassées sur nos territoires eurois repartent, pour la plus grande partie, vers la Belgique, l’Espagne et les pays de l’Est. En terme de bilan carbone, le compte n’y est pas.

A fonds renversés…

Le syndicat d’eau en charge de la protection de la ressource affiche, dans une vidéo mensongère, ses actions en faveur d’une eau distribuée de qualité. La réalité, c’est que cette eau pourrie par les nitrates et les pesticides n’est plus consommable pour les enfants de moins de 2 ans, les femmes enceintes et les dialysés. Si l’action du syndicat était si efficace, croyez-vous un instant que nous en serions arrivés là ? Le SERPN se bat le poitrail de son inaction au travers des fonds versés aux agriculteurs au titre des PSE (Paiements pour Services Environnementaux). Le souci, voyez-vous, c’est que cet argent sert à « protéger » les terres cultivées aux abords des points de captage, là où ces fonds devraient en priorité protéger les zones à transfert rapide vers la nappe ou les rivières souterraines selon les secteurs. Autrement dit, on protège les sorties là où il faudrait protéger les entrées prioritairement !

Oui, nous pouvons agir !

En nous expliquant que les polluants sont là depuis plus de 30 ans, le syndicat en vient à dire que son action, de fait, ne sert à rien. Ces gens ne se rendent même plus compte des sornettes qu’ils peuvent nous raconter, alors que les taux de nitrates et de pesticides varient dans l’année à la fin du printemps et aux portes de l’hiver. La variation de la pollution dans l’année nous montre que nous pouvons agir bien au contraire. Hélas, la présence majoritaire d’agriculteurs au sein des élus du SERPN nous empêche d’agir comme il se doit. Lors de l’avant-dernière AG, ils ont voté le doigt sur la couture du pantalon une hausse de 70% de la facture d’eau des particuliers. La dernière AG, sous la bronca du collectif de Boissey, a dû ramener la hausse à un un peu plus de 10%. Ce n’est que partie remise. Nous aurons à nous occuper très bientôt des châteaux d’eau et surtout des canalisations qui seront cassées par les bennes 3 essieux des agriculteurs, embarquant plus de 50 tonnes de grain vers les silos des coopératives. Sans « poutre » le long de nos routes, nous continuerons de jouer aux Shadoks!

Des gens de moins bien

Les agriculteurs, pour une grande partie d’entre eux, disposent de forages légaux, parfois illégaux pour ne pas avoir à payer la douloureuse. Lors de la dernière AG, une agricultrice m’expliquait qu’il était hors de question de faire payer l’État, seul compétent sur les nitrates et les pesticides. « L’État, c’est nous : les usagers doivent payer« , m’a-t-elle alors ânonné. Tant pis pour les éleveurs et les maraîchers qui devront payer le prix fort ! Il n’y aurait donc plus qu’une seule chose à faire : construire une usine de traitement au Tremblay-Omonville de dénitrification. Quid des pesticides ? Quid des effluents de l’usine ? Les renvoyer vers la nappe ? Les Shadoks pompèrent.

L’usine qui fait flop

Nous avons l’exemple de la station de Sylvains-les-Moulins au sud du département de l’Eure. L’usine de dénitrification avait été inaugurée en grande pompe en 2015, financée par l’Agence de l’Eau et le département. L’eau qui en sortait affichait alors un taux de sortie en nitrates de 5 mg/l, là où ce taux était de plus de 50 mg/l en entrée. 8 ans plus tard, l’eau distribuée par le SEPASE sur Sylvains-les-Moulins a dépassé les 50 mg/l réglementaires ! Je rappelle que le seuil d’alerte, selon une directive européenne de 1975, est de 25 mg/l. Autrement dit, retour à la case départ ! « Cette station était sous-dimensionnée dès le départ », m’affirmait au téléphone l’une des employées du SERPN. Le SERPN a prévu dans son ROB (Rapport d’Orientation Budgétaire) la construction de 6 usines de traitement pour dépourrir purifier l’eau de ses scories issues de ces pratiques agricoles. Elles offriront un droit à polluer aux agro-céréaliers dont la seule logique est la satisfaction d’un profit personnel et immédiat.

Du gaz, oui, mais pas à tous les étages

Même si je charge la barque du SERPN, n’oublions pas le rôle de l’État dans cette catastrophe environnementale et sanitaire. Sur le BAC (Bassin en Alimentation de Captage) du Tremblay-Omonville près du Neubourg, le Préfet de l’Eure et les services de l’Etat n’ont rien trouvé de mieux que d’autoriser à construire un méthaniseur. Si je crois à leur vertu, l’emplacement de ces usines à gaz devrait être un peu mieux pensé. Pourquoi ? A cause des odeurs pour les riverains et surtout de l’épandage des digestats, c’est-à-dire de la matière sèche qui en est issue ! A Saint-Colombe-la-Commanderie, ces déchets lourdement azotés sont épandus en face d’une zone à transfert rapide dont il ne fait aucun doute qu’elle engloutit les eaux souillées vers la nappe. Les Shadoks pompèrent.

L’eau pour tous. Tous pour l’eau.

Dans ce cadre, avec Jean-Philippe, Adeline, Bastien, nous avons décidé de créer l’association les Mousque’terres pour structurer une action d’information auprès des populations, pour peser sur les décisions des institutions en nous y invitant, pour aller sur le plan judiciaire si nous ne sommes pas entendus. Le combat sera rude. Avec d’autres, comme Hauville Environnement ou RECV, nous allons nous fédérer pour ce combat pour une eau potable. L’institution a failli. C’est désormais aux citoyens de se mêler de ce qui ne les regarde pas. Il faut agir vite. Notre combat n’est pas politique. Il transcende toutes les sensibilités sans exception, de la gauche à la droite. Oui, l’eau est notre affaire, l’affaire de tous.

Exemple de la protection de la ressource au point de captage du bois les Moulins du Tremblaye-Omonville
Exemple typique (?) de la protection de la ressource au point de captage du bois les Moulins du Tremblaye-Omonville

Adhérez aux Mousque’Terres

 

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