Repenser la gauche

Repenser la gauche

En ce jour de célébration de la victoire le 10 mai 1981 de l’homme qui envoya 45 fellagas à la guillotine de 1956 à 1957, je voulais vous reparler de reconquête, de reconstruction d’une gauche qui n’existe plus que dans nos cerveaux malingres.

Un astre mort

Après les deux branlées successives prises en 2017 et en 2019, la gauche de gouvernement n’existe plus électoralement dans notre pays. Malgré – ou à cause de – l’alliance passée avec l’ancien sarkozyste Raphaël Glucksmann, le Parti Socialiste exsangue de militants est à ranger aux oubliettes de l’histoire. Un lointain souvenir pour certains, un mauvais souvenir pour d’autres.

Sur un malentendu…

Je reste convaincu que les élections de Mitterrand et de Hollande, l’arrivée de Jospin se sont faites sur des malentendus. En 1981, le RPR et Chirac voulaient se débarrasser de Giscard. En 1997, l’intuition dévastatrice du Conseiller du Prince aura propulsé la « gauche » plurielle à Matignon. Quant à Hollande, face à Sarkozy, il est passé de justesse, à une semaine de campagne près, malgré un niveau de détestation exceptionnelle de la personnalité de l’ancien Président !

La trahison

Le tournant de la rigueur opéré en 1983, le référendum sur le TCE en 2005 et la ratification du Traité de Lisbonne en 2007 ont produit deux gauches irréconciliables. La majorité d’entre nous qui avons voté NON en 2005 se souviennent encore de ces photos où les deux futurs présidents de la France riaient ensemble dans les colonnes de Paris-Match. Hollande et le Parti Socialiste trahirent la démocratie, en s’alliant en 2007 avec la droite sarkozyste, pour adopter la Traité de Lisbonne au Parlement. Ce copinage malsain et cette proximité idéologique non feinte m’ont décidé à quitter le PS en 2008. La droite et la gauche auront enfanté Emmanuel MAcron.

Le trou noir de la pensée

Dès la fin des années 90, les partis de gauche ont aimanté des assistants parlementaires aux compétences très incertaines qui, munis de leurs quelques diplômes issus des universités, puis des écoles de commerce, hors sol, ont investi les appareils. Incapables de faire grand-chose d’autre, toutes ces grenouilles ont cherché à se faire plus grosses que les éléphants. Encore empreints de la philosophie politique du XIXe siècle, ils n’ont pas cherché à comprendre les mouvements profonds de la société, incapables qu’ils étaient de la penser. Embourbés dans la représentation de la fabrique, les militants devaient être les pieds, les caciques la tête, les salariés l’encadrement. Une tête vide d’idées faisant appel aux think-tanks néo-libéraux qui ont fait basculer la gauche de gouvernement sur une ligne droitière. Et des militants de moins en moins nombreux dont la seule ambition était de devenir calife à la place du calife. Tous voulaient faire carrière. La politique, dorénavant, devenait l’affaire des professionnels, des assistants parlementaires, des conseillers, des consultants et surtout des communicants. L’émergence des réseaux sociaux et des blogs se chargea de consacrer l’hypertrophie du vide sidéral de la pensée ! Les petites seigneuries féodales locales se chargèrent alors de dissoudre les partis de gauche dans le néant, en les transformant en clubs de supporters. Imaginez que, dans l’Eure, Marc-Antoine Jamet, secrétaire de LVMH et bourgeois au grand cœur à ses heures perdues, fut le 1er fédéral du PS de 2012 à 2017, du fait du nombre d’aficionados encartés à Val de Reuil.

Les diseux et les faiseux

En 40 années, la gauche politique a perdu tous ses repères. Elle est devenue un canard sans tête, dans tous les sens du terme. Il est urgent de se débarrasser de tous ces professionnels de la parlote politique, nés avec une cuillère en argent dans la bouche qui ne connaissent rien à la vie des gens. Dans les partis, la parole d’un militant devrait être supérieure à un de ses représentants et aussi aux salariés qui doivent s’en tenir à un rôle de strict exécutant. Par des statuts rénovés, il faut à tout prix empêcher que les partis soient des machines à construire des professionnels de la politique, en même temps qu’ils doivent permettre la prise en main du fonctionnement des appareils par les bénévoles militants.

La meilleure façon de reconstruire la gauche dans ce pays, c’est d’investir le champ associatif  où le bénévolat, le don et l’empathie, la connaissance et l’éducation populaire, la culture et la création, la recherche de l’intérêt général devraient être les moteurs de l’action. C’est dans l’économie non marchande que la gauche peut regagner la bataille des idées et des valeurs en se débarrassant de son rêve mimétique de s’enrichir en dormant.

2 replies on “ Repenser la gauche ”
  1. Voilà un article de fond qui reflète bien l’état de la société actuelle; il mérite l’organisation d’un séminaire de réflexion. Quelques idées me font réfléchir: Les notions traditionnelles de « droite »‘ et de « gauche » sont elles encore adaptées à notre société? S’il y a un nouveau système politique à mettre en place, il s’appelle l’écologie. Malheureusement,aujourd’hui, il n’existe aucun parti politique crédible l’incarnant.
    Les partis politiques actuels reposent sur des idéologies( Gaullisme,marxisme, socialisme…); l’Ecologie, quant à elle, repose plus sur la science, la technique et l’humanisme au sens de la phrase : » l’être humain est la plus grande richesse de la terre ».
    Quant aux associations,depuis longtemps qualifiées de « contre pouvoir », elles sont tout à fait aptes, par leur désintéressement, leur sens du concret, leur proximité avec les habitantes et habitants, à devenir « pouvoir ».
    En 50 ans de vie associative, j’ai pu côtoyer des hommes et des femmes d’une grande qualité et tout à fait capable de gérer une nation.

    1. @Philippe

      Altruisme, localisme, souverainisme, écologie me semblent être les piliers sur lesquels nous devons reconstruire.

      Comme toi, je reste extrêmement sceptique sur la notion de gauche et de droite aux yeux des électeurs.

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