Violence verbale, violence physique

Violence verbale, violence physique

Mardi soir, en plein Conseil d’école, les parents d’élèves nous ont interpellés sur le climat de violence qui pouvait régner dans l’école, à la cantine et dans les bus. J’ai évoqué le temps d’exposition des jeunes enfants à des jeux vidéos souvent extrêmement violents. L’une d’entre elles s’est même effondré pour nous dire que son fils – une crème, paraît-il – en était venu aux mains pour répondre à des insultes de l’un de ses camarades d’infortune. Elle a ensuite affirmé que la violence verbale était bien pire que la violence physique. Je me suis permis de lui dire que c’était totalement faux. Très vite, elle a coupé court à la discussion en me qualifiant de « gros con » et de « sale con« . J’étais présent à cette réunion en tant que maire de ma commune. Elle a donc publiquement insulté un élu de la République.

L’utilisation du verbe – difficilement imaginable chez le crocodile – est déjà en soi un acte de grande humanité. L’insulte est donc un moyen d’éviter d’en venir aux mains ou à l’utilisation de toute sorte d’ustensiles envers une personne qui serait en train de nous chauffer la couenne. C’est une sorte de soupape de sécurité. Un coup qui engendre un traumatisme direct ou indirect, une incapacité a des conséquences bien plus importantes que d’être qualifié de « gros con » ou de « gros lard« . Il est plus difficile de se contrôler lorsque vous recevez un coup : le réflexe est évidemment de se défendre. Mettre la violence verbale au dessus de la violence physique était, pour cette mère de famille submergée par l’émotion, incapable de se contrôler, un moyen de disculper son fils des coups qu’il a pu donner à deux reprises.

J’entends les médias parler de scènes de guerre pour désigner les feux de poubelle et le lancer de cailloux. Les journalistes et BHL seraient avisés d’aller faire un tour à Bakhmout pour comprendre ce que recouvre le sens de l’expression « hachoir à viande« . A force de ne rien connaître, nous en venons à utiliser des mots pour nous affranchir de la réalité. J’ai une profonde détestation pour toutes les formes de violence physique. Le simple fait de voir des gens armés me fait dresser sur mes ergots. Il faut ne jamais avoir connu de violence physique pour oser affirmer qu’elle est moins grave que la violence verbale. Et, si je m’étais levé pour mettre une grosse paire de baffes à cette maman, la justice n’aurait pas mis sur le même plan son insulte et les coups que j’aurais pu alors lui porter. La violence physique est un acte de rupture avec la civilisation, la partie immergée de l’iceberg de nos représentations reptiliennes.

Cette maman serait bien avisée d’expliquer à son enfant toute la relativité de ces insultes et autres quolibets auxquels il sera exposé tout au long de sa vie. Elle serait avisée de lui expliquer que la violence physique ne résout rien. Au contraire, elle aggrave les problèmes.  Elle serait aussi avisée de s’excuser publiquement d’avoir insulté un élu de la République dans l’exercice de ses fonctions. Sans excuse, il n’y a pas d’affectio societatis possible.

 

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